* “Monsieur, je suis venu acheter une étoffe.”
Le lingala est une des quatre grandes langues nationales de la RD Congo (ya plein d’autres petites langues mais, comme en France, on en parle pas), et notamment celle qui est parlée majoritairement à Kinshasa.
Pour apprendre à parler le lingala, beh soit on cherche un prof, soit on cherche un bouquin. A défaut de trouver l’un ou l’autre (même s’il existe, dit-on une méthode assimil – ha oui), on peut trouver sur le Ternet quelques « ressources » utiles. Grâce à l’immense et visiblement philanthropique travail de google et archive.org, on tombe sur ce “Notions de Lingala, ou langue du haut-fleuve” paru en 1904 (!) par le révérend-père De Boeck, inlassable missionnaire à la Nouvelle-Anvers (aujourd’hui Makanza, port sur le fleuve à mi-chemin entre Kinshasa et Kisangani). Le livre est en téléchargement intégral, gratos et légal, vu que l’auteur est sûrement mort sans laisser d’héritiers, et pour cause.
Après quelques lexiques pour le vocabulaire de base, on trouve une série de guides de conversation pas piqués des vers : “au marché”, “à la maison”… Tout est tout à fait pittoresque, mais déjà le fait qu’un seul vocable, le fameux « mondele » soit utilisé tour à tour pour « Blanc », « Maître » et « Monsieur » en dit long sur le contexte dans lequel a été rédigé le bouquin. A ce titre, le chapitre « conversation avec son boy » fait froid dans le dos, et est révélateur de l’état d’esprit dont le temps n’a d’ailleurs pas toujours effacé les saletés les plus tenaces.
On y apprend notamment comment dire “Tu t’es promené toute la matinée”, “Tu es un hommes sale”, “On me vole tous les jours”, etc. On a beau chercher, pas de “C’est du bon boulot mon gars, allons boire une Primus pour fêter ça”, ni même de “Mets cet argent dans la valise, ça part demain pour Paris”, qui auraient pu être utiles.
Comme on a quand même envie de rigoler, attardons-nous sur le chapitre « En pirogue » et ce dialogue digne de Tintin au Congo :
“Démarrez ! Pagayez ferme, mes amis ! Chantez-moi quelque chose !
- Nous chanterons si vous nous donnez un matabich.
- Vous aurez un cop de riz ce soir. Si nous arrivons aujourd’hui, je vous donne à chacun une poignée de sel.
- Regarde, là-bas, un hippo.
- Donne-moi le fusil.
- Il a disparu.
- Attends, il va reparaître.
- Le voilà !
- Un hippo ? allons donc ! c’est un arbre qui va à la dérive”.
La vie pleine d’aventures du Père voyageur De Boeck est racontée ici.
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