La mort de Steve Jobs nous rappelle que :
1. L’argent de poche de nos enfants part dans celle (de poche) de baby-boomers bedonnants, qui avant d’être des businessmen cyniques ou des bienfaiteurs de l’humanité étaient des sortes de proto-geeks hippies californiens barbus (et sûrement drogués) bricolant de l’électronique dans le garage de leurs parents.
2. La fabrication des gadgets électroniques des riches (et des pauvres aussi, d’ailleurs) implique l’exploitation d’individus (parfois des prisonniers de guerre, des enfants, etc.) travaillant dans les conditions de l’esclavage.
Ce qu’on peut considérer comme la première étape de la fabrication d’un téléphone, ordinateur, iPod, iPad, iMachin se situe en Afrique, et notamment au Congo, dans les mines d’extraction du coltan, dont le trafic aurait une grande responsabilité dans les conflits sûrement les plus meurtriers du monde depuis 39-45.
Un jeu électronique téléchargeable (on appelle ça une « appli ») a été récemment mise à disposition du public sur la boutique en ligne de la firme du héraut Jobs, avant d’être retirée fissa par un rond-de-cuir à la conscience tranquille (on la trouve encore, allez savoir pourquoi, dans sa version androïd). On en trouve une vidéo par là. Le jeu permet de suivre les différentes étapes de la vie d’un téléphone : miliciens cognant sur des gamins dans les mines congolaises, brancardiers récupérant les suicidés de Shenzen, vendeurs devant convaincre les innocents que la nouvelle version de l’iPhone leur est indispensable, avant de terminer sur l’obsolescence programmée et les déchets générés :
« Ce téléphone est conçu pour se casser facilement et devenir rapidement obsolète. Bientôt, nous allons introduire un nouveau modèle qui rendra celui-ci archaïque – et vous le jetterez. Il rejoindra des tonnes de déchets électroniques hautement toxiques. Ils disent qu’ils vont le recycler, mais il sera probablement envoyé à l’étranger. Dans des endroits comme le Ghana, le Pakistan ou la Chine. Là, ses matériaux seront récupérés en utilisant des méthodes nocives pour la santé humaine et l’environnement. Certaines parties de ce téléphone contamineront l’air et l’eau, d’autres vont se réincarner dans de nouveaux produits ».
Rendre indispensable un objet dont on a pas besoin, convaincre les gogos d’acheter un bien d’équipement périssable 4 fois plus cher que les autres juste parce qu’il est beau, installer dans la tête des jeunes l’idée selon laquelle la musique est gratuite (mais l’appareil pour la jouer est très cher) sont des techniques marketing usées depuis longtemps. Mais quand Barack Obama annonce, débonnaire : “la preuve de la réussite de Steve Jobs, c’est que beaucoup ont appris sa mort sur un appareil qu’il avait lui-même inventé”, et quand on a une idée de ce que ces appareils contiennent de saloperies, on peut quand même commencer à se demander si ce monde tourne rond.

